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Randonner à Sa Pa

Comment organiser ses randonnées dans la région de Sa Pa ? En préparant ce voyage, je suis rapidement confrontée à un problème récurrent en Asie : la difficulté de planifier et d’organiser ses propres parcours, indépendamment des agences de voyages et autres tour-operators. Si la randonnée est une activité très populaire dans la région, elle s’effectue presque toujours en bandes organisées, sous la direction d’un guide local. Pas de balisage des sentiers, pas d’offices du tourisme, pas de cartes détaillées, pas d’information sur les parcours possibles pour les voyageurs indépendants; il n’est pas aisé de planifier dans ces conditions.

Quant à la ville de Sa Pa, elle a mauvaise réputation: autoroute à randonneurs, piège à touristes, les commentaires des voyageurs qui s’y sont rendu sont parfois peu élogieux. Redoutant la foule, je sélectionne, un peu au hasard, une auberge dans le village de Ta Van, à une dizaine de kilomètres de Sa Pa. Ce choix s’avère excellent : situé au bord du torrent, entouré de rizières, le village est agréable, suffisamment touristique pour offrir cafés, restaurants et supérette pour le ravitaillement des randonneurs, suffisamment isolé pour redevenir calme et serein le soir tombé.

Après un trajet en bus sans encombres, suivi d’un transfert en minibus sur une route dans un état pitoyable, nous nous installons donc dans nos chambres. Un bâtiment de bois, cerclé de rizières en terrasse, avec des milliers de grenouilles pour nous tenir compagnie, l’endroit a beaucoup de charme. Nous y passerons quelques jours agréables, en alternant petites balades et grandes randonnées.

Voici, pour les futurs randonneurs, le détail de nos excursions:

Premier jour : Balade de la cascade de Cau May.

Distance : Boucle d’environ 6 kilomètres.

Difficulté : Facile (mais les sentiers sont parfois très boueux, ce qui ajoute de la difficulté)

C’est une des randonnées les plus populaires de la région. C’est aussi la seule où nous avons croisé de plusieurs groupes de randonneurs. Pas besoin de guide mais vous avez de fortes chances d’être accompagnés par un groupe de femmes locales qui vous indiqueront le chemin. Si vous ne désirez rien acheter à ces femmes, énoncez-le très clairement au début de la balade pour éviter les malentendus !

Au sud du village, presque à la sortie, nous prenons un sentier qui grimpe à droite. Nous quittons rapidement le village et marchons désormais parmi les rizières. Les femmes du village voisin nous ont emboîté le pas, encombrées de leur panier emplit de babioles à vendre, de leur ombrelle, d’un bébé en écharpe. Leur compagnie n’est pas désintéressée, mais elle reste agréable. Ces femmes parlent un anglais assez fluide et conversent avec nous le long du chemin. Elles nous aident dans les passages boueux, nous indiquent quelques plantes comestibles, tressent des couronnes végétales pour les enfants. Nous longeons le flanc de la montagne, grimpons dans un bosquet de bambous, redescendons dans la vallée. A plusieurs reprises, nous nous arrêtons pour prendre des photos, les vues sur la vallée sont splendides. Au bout du trajet, la cascade est assez jolie et bien en eaux après les pluies diluviennes de la veille.  Dans le village suivant, nos « guides » déballent leurs marchandises ; nous achetons quelques menus souvenirs pour les dédommager.

La suite de la balade s’effectue sur la rive Est du torrent, le long de la route principale. C’est la partie la moins agréable du trajet, mais aussi la plus facile, et maintenant nous sommes seuls. La route passe devant un surprenant petit musée : la région abrite une multitude de rochers gravés de la main de l’homme, à une époque lointaine, sans que l’on sache exactement quand et pourquoi ces roches furent striées. Nous sommes de retour dans le village de Ta Van en début d’après-midi.


Deuxième jour : De Ta Van à Cat Cat

Distance : Aller simple de 14 kilomètres.

Dénivelée: 760 mètres

Difficulté : Moyenne

Superbe randonnée avec une grande diversité de paysages.

Du village de Ta Van, nous partons à pied en direction du village de Lao Chai. Nous suivons une petite route tranquille, le long de laquelle on peut voir plusieurs ateliers d’artisans. Arrivés à Lao Chai, après l’école, au lieu de bifurquer vers la droite et la rivière, nous continuons sur une route plus étroite encore. Celle-ci monte doucement et révèle de jolies vues sur la vallée ; tantôt des rizières en rangs serrés, aux ondulations vives, tantôt de larges cercles doux, sur les pentes les moins fortes. On grimpe, on redescend, on traverse un pont, on grimpe à nouveau, sans discontinuer, jusqu’à atteindre un petit col, un croisement marqué par un petit restaurant local. Là, il faut quitter la route principale et prendre à gauche sur une route plus petite encore. 

On redescend d’abord sur plusieurs centaines de mètres, puis on remonte jusqu’à se perdre un peu dans un village : faut-il prendre la route qui monte abruptement à gauche ou celle, à droite, qui se perd derrière une bâtisse et devient un sentier de terre ? Le GPS révèle qu’il faut partir à droite mais on profite de l’occasion pour faire une halte pique-nique dans la bâtisse, un petit café dont la terrasse offre une vue magnifique sur la vallée.

Après cette pause bienvenue, on continue le long du sentier qui descend en pente douce et croise une petite rivière. Ici, le sentier se confond avec les canaux d’irrigations des rizières, lesquels, suite aux pluies récentes, sont devenus des petits torrents. On peine à garder les pieds au sec mais on retrouve heureusement un large sentier qui redescend vers la vallée. Cette fois, il faut traverser un pont puis prendre, sur l’autre rive, un sentier à peine visible qui longe la rivière. 

Le paysage change radicalement : plus de rizières mais les flancs boisés des gorges du torrent. Cette partie-ci est la plus difficile car le sentier disparaît dans la végétation, mais elle est magnifique. Après un peu plus d’un kilomètre, on rejoint le chemin caillouteux qui mène au village de Cat Cat.

Cat Cat est un village touristique à 3 kilomètres de Sa Pa. L’accès en est payant et le village n’est qu’une succession de boutiques de souvenirs. Il est cependant situé dans un endroit splendide, au creux des gorges et au pied d’une cascade. Malgré les hordes de touristes, nous n’avons aucune peine à trouver une place dans un café pour nous rafraîchir après cette longue randonnée. Nous reprenons ensuite notre chemin sur 2 kilomètres, le long des gorges, jusqu’au parking à la sortie du village. De là, nous hélons un taxi qui nous amène à Sa Pa, puis un autre pour regagner Ta Van.


Troisième jour : En direction de Seo My Ty

Distance : Variable, car il suffit de faire demi-tour au moment voulu. Nous avons parcouru 11 kilomètres ce jour-là.

Dénivelée : Variable, nous avons grimpé 400 mètres.

Difficulté : Facile à moyenne

Après une matinée de repos et de leçons, nous déjeunons en ville avant de partir en balade. Pour cette petite randonnée, nous choisissons de grimper la montagne sur notre gauche, le long de la route indiquant Seo My Ty. La piste, asphaltée par endroit, serpente à flanc  de montagne, offrant de nombreuses vues dégagées sur la vallée. La balade serait très facile, s’il ne faisait pas si chaud. Le soleil brille aujourd’hui et la piste n’est pas toujours ombragée. Arrivés à belle hauteur, nous faisons demi-tour et parvenons au village juste avant l’averse, soudaine et violente.


Quatrième jour : En ligne droite, à flanc de montagne, vers Hau Thao

Distance : 12 kilomètres.

Dénivelée : 600 mètres

Difficulté : Difficile

Pour ce quatrième jour, nous voulons nous attaquer au versant opposé de la montagne. D’après ma carte sommaire, il n’existe qu’une seule route pour y accéder et  le départ de cette route se trouve à plusieurs kilomètres de notre hôtel. Comme nous échouons à trouver un taxi dans le village, nous nous rendons sur la voie principale, dans l’espoir d’y arrêter un véhicule. En marchant sur cette voie, après le pont, nous repérons à gauche un sentier qui grimpe en direction du « Zizzi homestay ». Quelques villageoises nous assurent que ce sentier continue jusqu’au village de Hau Thao, notre objective. Nous nous y engageons donc et grimpons rapidement sur une pente accentuée. 

Le chemin longe des maisons, des étables. A la sortie du village, nous hésitons, les paysans nous indiquent un sentier boueux qui monte à pic. Nous arrivons peu après à une petite cascade où nous faisons une halte. Nous repartons à nouveau sur ce sentier très pentu et boueux, traversons des bois, des rizières, des fermes. A certains embranchements, il est difficile de repérer le bon chemin. Nous choisissons toujours celui qui grimpe le plus fort. L’ascension est rude et les sentiers parfois peu praticables. Après plusieurs heures de marche, nous atteignons un sentier plus large, à la pente plus douce. Il nous faudra cependant encore une grosse demi-heure pour atteindre le village. Fatigués, il faut cependant immédiatement songer à redescendre, en suivant cette fois-ci la route pavée. La descente n’est guère plus facile que l’ascension, car la pente est très forte. Enfin, nous regagnons la voie principale, il ne nous reste que 2 kilomètres pour atteindre Ta Van. Une très belle balade, hors des sentiers battus, mais plutôt ardue !


Notre hébergement à Ta Van : Tavan Ecologic Homestay, très bon rapport qualité-prix, petit-déjeuner buffet copieux, restauration de qualité à un prix raisonnable. 

Et le Fan-Si-Pan ? Nous avons hésité pendant notre séjour, à débourser la somme importante de 25 euros par personne pour prendre le téléphérique qui mène au sommet de la plus haute montagne du Vietnam. La météo a décidé pour nous : alors que nous avons bénéficié de belles journées ensoleillées, le Fan-Si-Pan, lui est resté invariablement couvert de nuages gris !