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Découvrir Trujillo

Pressés par le temps, nous avons séjourné moins de 48 heures à Trujillo. Pourtant la ville et ses alentours nous ont séduits par bien des aspects, au-delà de la banalité de ses faubourgs.

Trujillo coloniale

La ville ne charme pas au premier coup d’œil. Il faut s’aventurer dans les rues encombrées, après les quartiers résidentiels et les grands boulevards jusqu’au centre historique, petit mais réellement exceptionnel. La place centrale, bordée de vieilles bâtisses coloniales bariolées est sans doute l’une des plus belles du Pérou. Trujillo coloniale est agréable pour flâner, admirer les étonnantes couleurs et, pourquoi pas, pénétrer plus avant dans les vieilles demeures, souvent transformées en musées.

Les cités pré-colombiennes

La ville moderne, de l’époque coloniale à aujourd’hui, est située dans une oasis fertile, à proximité de l’océan pacifique. Cette région favorisée, dans l’immense désert de la côte péruvienne, a toujours eu la préférence des peuples indigènes.

Les indiens Moche avaient créé une cité à une dizaine de kilomètres au sud de l’actuelle Trujillo. Florissante entre les IIIèmes et IXèmes siècles, la ville s’étendait entre deux immenses tertres, témoins du passé, autrefois temples du soleil et de la lune. Le plus important, le temple de la lune, est aujourd’hui consciencieusement étudié par les archéologues. Le culte de la lune était dominant dans la culture Moche; dans le temple avaient lieu tous les rites sacrés et sacrifices. Une histoire souvent cruelle pour un site exceptionnel.

En effet, en six siècles, les indigènes ont à plusieurs reprises “restauré” le temple en recouvrant simplement les murs d’une nouvelle couche de briques d’adobe. En “épluchant“ les parois, les archéologues mettent à jour les façades antérieures, parfaitement conservées, révélant de splendides fresques et frises moulées en adobe et peintes de pigments minéraux.

Quelques kilomètres et siècles plus loin, au nord de Trujillo, les indiens Chimù avaient établi leur capitale, Chan-Chan, au XIVème siècle. Chan-Chan demeure aujourd’hui la plus grande cité d’adobe jamais construite. Le site est immense ; dans l’étendue du désert sont visibles des centaines de murets fortement endommagés. Seule un infime partie de la cité est restaurée et pourtant, sans les petits panneaux de signalétique, on s’y perdrait. Un lieu réellement fascinant !

Trujillo gastronomique

Ah, la gastronomie péruvienne ! Parmi tous les pays d’Amérique du Sud visités, c’est celle qui nous laissera le meilleur souvenir. Ayant décidé de dîner dans un restaurant gastronomique de la ville, nous nous arrêtons le midi dans une simple « cevicheria » aux abords de Chan-Chan. Nous commandons quelques plats à partager. A notre grande surprise, les portions sont gargantuesques, la cuisine raffinée et délicieuse. Nous gardons cependant un peu d’appétit pour la cuisine fusion péruvienne, le soir même, dans un restaurant chic de la ville, une cuisine de haut niveau à des prix tout à fait raisonnables.

 


Les musées :

  • Huaca del Sol y de la Luna : les temples Moche et le musée associé valent vraiment le détour. Entrée : 10 Soles pour le site et 5 soles pour le musée (prix réduit pour les enfants de 6 à 12 ans).
  • Chan-Chan : le ticket combiné à 10 Soles (prix réduit pour les enfants de 6 à 12 ans) permet de profiter du site, du musée situé à un kilomètre de là et de deux sites Chimù que nous n’avons malheureusement pas eu le temps de visiter.

Les restaurants :

  • Cevicheria Don Lucho dans le faubourg de Huanchaco à proximité du musée de Chan-Chan.
  • Restaurant Kaniwa à Trujillo

L’hébergement :

  • Hôtel El Centurion, chambre quadruple, petit-déjeuner, petit parking sécurisé, 33USD la nuit sur booking.com

 

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Les seigneurs de Sipan

La civilisation Moche (prononcez « motché ») a dominé la région nord du Pérou du IIème au VIIIème siècle de notre ère. Les seigneurs de Sipan étaient alors riches et puissants. La civilisation était florissante, un peuple prospère de pêcheurs et d’agriculteurs. Les artisans Mochicas étaient de fabuleux céramistes.

Le déclin de la civilisation débuta notamment par une succession de pluies diluviennes, inhabituelles dans cette région aride, qui détruisirent les récoltes et affamèrent le peuple. Les Mochicas disparurent progressivement et les larges mausolées d’adobe des seigneurs s’érodèrent pour se camoufler imperceptiblement en immenses monticules de terre.

Les riches tombeaux des seigneurs de Sipan demeurèrent oubliés durant les siècles. En 1987, un archéologue vivant dans la région de Chiclayo, large cité au nord du Pérou s’étonna de l’apparition soudaine de magnifiques antiquités sur le marché noir. Son enquête le mena sur la piste des pilleurs de tombes qui avaient fortuitement mis à jour les trésors des indiens Moche dans les tertres de Sipan.

Avec l’aide des autorités, l’homme put endiguer le pillage; ses excavations révélèrent les plus riches et les plus belles sépultures. La plupart des objets découverts sont aujourd’hui exposés à une quarantaine de kilomètres du site, dans le magnifique musée des tombes royales de Sipan (museo de tumbes reales de Sipan), à Lambayeque.

Notre journée commence donc par la visite de ce magnifique musée. Afin d’en savoir plus, nous filons ensuite à 45 kilomètres de là, sur le site même de Sipan. Si les parois des tombes n’étaient pas mises à nu, il serait imposssible d’y deviner les immenses mausolées, que l’on voit reconstitués sur des maquettes. Sur le site, un petit musée très intéressant lui aussi expose les objets encore découverts lors de fouilles récentes. Tout est admirablement mis en scène, ces musées et ce site nous passionnent. Certainement un des temps forts de notre séjour dans le nord du Pérou!


Notre hébergement: à la faveur d’une belle promotion sur Internet, et bien que cela dépasse largement notre budget, nous avons profité de deux nuits dans l’un des hôtels les plus chics de la ville, l’hôtel Casa Andina. C’est cher, mais les chambres sont immenses et les jeunes enfants logent gratuitement dans la chambre des parents.

Les musées:

  • Le museo de Tumbes Reales de Sipan est à voir absolument, les enfants ont adoré. L’entrée coûte 10 soles par adultes, 4 soles pour les enfants de plus de 5 ans. Dommage que pour un musée de cette qualité, les commentaires soient seulement disponibles en espagnol.
  • Le museo de sitio de Sipan est plus petit mais très bien agencé. L’entrée combinée du site et du musée coûte 8 soles par adultes et 1,5 soles par enfants de plus de 6 ans.

Halte à Cuenca

En quittant Banos par la route des volcans, nous hésitons à faire une halte dans le parc national Sangay. La météo décide pour nous : alors que nous longeons le parc par la montagne, nous traversons d’épaisses nappes de brouillard mêlées de pluie.

Nous préférons donc poursuivre notre route jusqu’à la ville coloniale de Cuenca. Outre de belles rues bordées de bâtiments anciens, la cité propose quelques musées intéressants. Nous commençons par le musée Pumapongo, qui abrite plusieurs sections : un musée de la numismatique, des premières monnaies à la dollarisation et à la disparition du Sucre en Equateur, le passionnant musée ethnologique, qui expose même quelques têtes réduites des indiens Shuars (ou Jivaros), et un grand parc où se trouvent les ruines de la cité inca de Tomebamba.

Après une promenade dans la ville, nous visitons encore le musée des Arts Indigènes, un petit musée qui abrite une impressionnante collection privée d’objets d’art pré-colombien. Pas d’éclairage hi-tech ou de vitrines anti-vol, on se croirait plutôt dans un grenier plein de trésors.

Enfin, au matin de notre départ, nous visitons encore une fabrique de chapeau. Le célèbre panama est en réalité un chapeau équatorien, aujourd’hui fabriqué principalement à la main dans la région de Cuenca. Nous qui n’achetons jamais de souvenirs faisons une exception et nous encombrons d’immenses boîtes à chapeaux !

Pour l’anecdote :

  • Le Sucre n’est pas un édulcorant mais bien l’ancienne monnaie de l’Equateur, qui a disparu à la faveur du dollar américain en l’an 2000.
  • La loi équatorienne interdit aujourd’hui aux indiens Shuar de pratiquer le rituel de confection de « têtes réduites » à partir de têtes humaines, mais ils sont libres de pratiquer ce rituel sacré sur des animaux tels que les singes.
  • L’origine du nom « Panama » pour désigner le célèbre chapeau viendrait du fait que les colons espagnols faisaient transiter le commerce du chapeau en question par l’isthme du même nom.

Notre hébergement : à proximité du musée Pumapongo, l’hôtel Alternative est très propre, presque stérile mais bon marché (32 USD pour une chambre triple).

Les musées: le musée Pumapongo est entièrement gratuit et vaut le détour. Le musée des Arts Indigènes est payant, nous avons déboursé une somme modique, inférieur au prix affiché… La fabrique de Panama Homero Ortega est un haut lieu du tourisme local, la visite est entièrement gratuite puisqu’elle se termine dans la boutique du fabricant. Pour les amateurs de chapeaux, difficile de résister…