Road-trip insolite dans le Nord-Ouest du Cambodge

Après 6 jours passés aux environs de Siem Reap, nous embarquons pour un road-trip insolite au Cambodge. Pourquoi insolite? Parce qu’il n’est pas courant pour des étrangers de louer une voiture sans chauffeur au Cambodge et que notre séjour sera rocambolesque à bien des égards.

Cela commence le jour de la location. L’unique loueur de Siem Reap nous garantit que la voiture que nous avons réservée sera prête à 10h du matin. Effectivement, elle est prête. A l’agence de Phnom Penh. Il faut encore compter 5 à 6h de route pour l’acheminer à Siem Reap. On annule donc notre première journée de réservation et nous nous présentons à l’agence le lendemain matin. La voiture est là: en lieu et place des modèles japonais ou coréens que l’on obtient habituellement chez Europcar, celle-ci est de marque inconnue, d’origine chinoise. Une “Hawtai” que l’on surnomme bientôt “Atchoum” en référence à sa fiabilité douteuse. Le moteur est faible et poussif, le confort est déplorable. Les voyants d’alerte se déclenchent aléatoirement, ce qui favorise les plaisanteries (“Tiens, on a encooore perdu une roue?”). En bref, ce n’est pas le véhicule idéal pour explorer les contrées reculées du Cambodge.

A l’agence, le personnel parle peu d’anglais et n’est pas en mesure d’affirmer que nous pouvons légalement circuler au Cambodge. Le permis international de François-Xavier est-il valable? A Siem Reap, non, ailleurs dans la province, oui, nous disent-ils. Ah? Bon. Nous quittons donc rapidement Siem Reap en direction du Nord.

La première halte nous permet de visiter la petite ferme des papillons à proximité du temple Bantey Srei et de déguster un délicieux num banh chok (soupe de nouilles et de fleurs de bananes) dans le village voisin.

On continue ensuite en direction d’Anlong Veng, à la fontière avec la Thaïlande. Cette région fut le dernier refuge du régime des Khmers Rouges. Est-ce le fruit de notre imagination ou la région dégage-t-elle réellement encore aujourd’hui une atmosphère malsaine? On s’approche du lieu où fut incinéré Pol Pot. Soudain, une dame surgit et nous réclame les droits d’accès. Il n’y a pas de panneau, ni de tickets et nous refusons de payer, croyant à une arnaque. On donne malgré tout une petite somme, la dame nous réclame plus, devient agressive, presque violente. On s’enfuit! (Nous apprendrons plus tard que le site était réellement payant, un lieu à éviter à tout prix!). A proximité, il y a la frontière avec la Thaïlande et un immense casino au milieu de nulle part, où les Thaïlandais viennent se dépouiller de leur fortune dans une ambiance délétère. A Along Veng, l’hôtel dans lequel nous faisons halte à la tombée de la nuit est propre, mais désert et fantomatique, ce qui accentue la sensation de malaise. Nous sommes heureux de continuer notre route le lendemain matin.

Enfin, nous voici au pied du Preah Vihear, l’un des sites les plus remarquables de l’ère Angkorienne. Après nous être acquittés du droit d’accès, nous entamons la route vers le sommet. Ca grimpe, ça grimpe fort, très, très fort : notre Atchoum déclare forfait. C’est donc à pied que nous parcourons le dernier kilomètre, sous un soleil de plomb. Le jeu en vaut la chandelle, le site  est magnifique. Nous sommes quasiment les seuls visiteurs, le temple est immense et la vue aux alentours splendide. Le site vaut vraiment le détour.

Nous repartons en milieu d’après-midi et  décidons de profiter de la luminosité pour parcourir une centaine de kilomètres jusqu’à la ville de Preah Vihear (qui est considérablement distante du temple). A Preah Vihear, nous dénichons un hôtel tout confort, dont le restaurant et le café attenant sont tout à fait recommandables. On apprécie de retrouver la civilisation.

Ces retrouvailles sont de courte durée. Le lendemain, nous enfonçons dans la campagne sur des routes tantôt récemment asphaltées, tantôt défoncées. La route devient bientôt de la piste, en bon état heureusement. Après plus d’une heure de trajet, nous parvenons dans la jungle, au site de Preah Khan. Ce site était l’un des plus grands et des plus beaux d’Angkor jusqu’au milieu des années 90, quand des pillards n’ont pas hésité à dynamiter les constructions millénaires pour s’emparer de précieuses statues. En attente de restauration, le site est désormais partiellement laissé à l’abandon et envahi par la végétation. En flânant sur les lieux, on se sent l’âme d’un explorateur du XIXème siècle. Nous sommes absolument seuls sur le site.

Repartir de Preah Khan est plus compliqué. Nous sommes à une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau du lac Tonlé Sap où nous voulons faire notre prochaine étape. Cependant, nous ignorons l’état des pistes et nous n’avons aucune confiance en notre véhicule de location. Nous décidons donc de rebrousser chemin pour regagner la route principale, ce qui allonge notre trajet d’une bonne centaine de kilomètres. En chemin, nous nous enquerrons d’un endroit pour passer la nuit. Si les hôtels abondent à Siem Reap, il n’y en a presque pas dans les villages alentour. On contacte l’unique « homestay » du village de Kampong Khleang. Bonne nouvelle : en cette basse saison, la chambre d’hôte est disponible pour nous accueillir. Cap sur Kampong Khleang, donc.

Encore une expérience atypique: en fin d’après-midi, on s’avance sur l’unique route surélevée qui permet d’accéder au village, en saison sèche uniquement. La route est étroite et bordée de cahutes de part et d’autre. Si le dénuement de la population est perceptible dans les campagnes, aux abords du lac, c’est la misère qui nous assaille. De très jeunes enfants dénudés et malingres qui jouent sur la route étroite, des baraquements aux allures de bidonville : la pauvreté évidente des lieux déclenche à nouveau une sensation de malaise, suivi par un fou rire. Qu’allons-nous donc faire dans cette galère?

On continue malgré tout. De toute façon, il est impossible de faire demi-tour sur  cette piste interminable qui s’enfonce dans les marais jouxtant le lac. Quelques embranchements, puis un pont, et nous voici au pied de maisons sur pilotis, dans une rue inondée en saison des pluies. Un panneau «homestay»: on grimpe les hautes marches jusqu’au perron de l’unique pièce. L’accueil est chaleureux et le cadre est plaisant. Un véritable homestay puisque nous partageons l’unique espace de vie avec la famille, grands-parents, parents et bébé, qui y résident.  Cependant, l’espace est aménagé avec goût et confort pour accommoder les touristes : douches chaudes, toilettes à l’occidentale. Les repas sont délicieux, les lits surprenants car suspendus au plafond (ça balance!) mais confortables. Le propriétaire est un ancien cuisinier qui a à cœur de créer un lieu agréable pour les touristes. Malgré nos craintes, nous avons passé un excellent séjour à Kampong Khleang. Une adresse à redécouvrir en saison des pluies, quand les rues et ponts du village sont immergés!

De Kampong Khleang, il n’y a qu’une cinquantaine de kilomètres pour regagner Siem Reap où nous retournons la voiture.


En pratique :

Location de voiture : Europcar via Rentalcars – à l’aéroport de Siem Reap

Hébergements : 

  • A Anlong Veng, Monorom Villa, passable en cas de nécessité.
  • A Preah Vihear City, Ly Huot guesthouse, restaurant et café, très agréable
  • A Kampong Khleang, ST 63 Homestay, belle adresse qui sort de l’ordinaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s